Le billet trivial pursuit (grâce auxquel vous ne laisserez plus échapper de camembert bêtement)
– géographie et le camembert bleu avec la question de base : Myanmar ou Birmanie?
Pas évident car quand on dit Myanmar à un étranger, il ne comprend pas mais en même temps c’est le nom officiel aujourd’hui (république de l’union du Myanmar pour être exact). Les birmans étant la plus importante en nombre des ethnies peuplant le pays. Du coup le nom Birmanie est un peu réducteur. Mais le nouveau nom n’est pas vraiment accepté par le peuple puisqu’il a été choisi unilajtéralement par la dictature militaire. Comme en plus les américains ne reconnaisse pas ce nouveau nom… Bah c’est le foutoir et du coup on utilise encore les deux.
De même, question compliquée que celle de là capitale du pays qui du coup vaut son pesant d’or. Elle a changé une bonne quinzaine de fois dans l’histoire du pays jusqu’en 2006 où le général au pouvoir a décidé de construire une ville au milieu de nul part et d’en faire la capitale en lieu et place de Yangon. Du coup personne n’y met jamais les pieds. Son nom : Nai Pi Taw.
– un peu d’histoire pour le camembert jaune : on a beaucoup entendu parler de dictature militaire et d’ouverture à la démocratie ces deux dernières années. Tentative d’éclaircissement : le pays est en guerre civile depuis les années 40 et le départ des britanniques qui avaient colonisé le pays. En 1947, juste après la guerre, un général (Aung San) obtient l’indépendance et réunit toutes les ethnies en créant la Birmanie avec la promesse pour ces dernières de pouvoir si elles le souhaitent faire sécession 11 ans plus tard. Tout le monde est content, le type est un héros. Mais bon apparemment ça ne plait pas à tout le monde et il se fait tuer quelques temps après. Depuis ce moment là, le pays est gouverné par des militaires sans que le peuple ait son mot à dire. Les ressources importantes du pays (minerais, pétrole, gaz) leur permettent de s’enrichir sans que la population n’en profite. Du coup on se retrouve avec un pays à deux vitesses, les gens dans les villages ont tout juste de quoi survivre pendant que ceux travaillant pour le gouvernement roulent dans de gros 4×4. Le contraste est particulièrement éloquent à Yangon.
Cependant, l’espoir renaît. Depuis 1988, plusieurs manifestations géantes (réprimées avec violence par l’armée) ont permis de faire bouger un peu les choses mais le processus est lent. En 1990, les premières élections organisées voient la victoire du parti d’opposition avec à sa tête Aung San Suu Kyi, la fille du général assassiné, à une écrasante majorité. Malheureusement les militaires refusent de céder le pouvoir et emprisonnent la leader du parti qui devient ainsi une icône nationale et internationale (prix Nobel de la paix en 91). On retrouve des posters avec une photo d’elle ainsi qu’une image de son père dans toutes les maisons qu’on a visitées pendant nos treks. Sa popularité est incroyable comme en atteste son surnom : the Lady.
Les sanctions internationales sont importantes depuis ce moment là. Les États Unis et l’Europe ont complètement isolé le pays qui du coup échange principalement avec son voisin chinois. Concrètement en tant que touriste, on s’en rend compte par l’absence totale de paiement par carte et de distributeurs : tout touriste arrivant à l’aéroport de Yangon doit être accompagné de sa valise de billets (dollars neufs uniquement). Super pratique. Autre conséquence, aucun accord avec les compagnies téléphoniques, du coup pas de réseau sur nos téléphones pendant tout le séjour. Moins gênant que le coup des CB mais surprenant.
Après une nouvelle manifestation menée par des moines en 2007, le gouvernement militaire a donné une feuille de route qui doit mener vers la démocratie. Les dernières élections se sont déroulées sans parti d’opposition et n’ont donc pas franchement changées la donne puisque c’est le parti soutenu par l’armée qui l’a emporté. Par contre le régime s’assouplit comme en témoigne les nombreuses libérations récentes de prisonniers politiques dont la fameuse Lady en qui tout le monde voit la future présidente en 2015. Du coup, comme un engrenage, les sanctions internationales se font de moins en moins grandes (suppression en novembre de l’interdiction d’importer des produits du Myanmar aux US et en Europe), le pays respire un peu mieux. À noter également la visite de Barack Obama il y a quelques jours qui constitue également un geste fort.
Bon, par contre tout n’est pas réglé comme on a pu le voir lors de notre petit trek en mode « on a retrouvé la 7ème compagnie ». Les différentes ethnies cohabitent moins bien qu’au Népal (heurts récents entre musulmans et bouddhistes dans l’ouest du pays) et certaines se sentent encore lésées ce qui crée ce climat instable. De nombreuses zones restent encore à accès contrôlé voire interdits (probablement des choses à cacher).
– le paragraphe nourriture, élément au combien important du plaisir de voyager. On craignait d’être déçu et ben pas du tout. On a plutôt bien mangé partout où on est allé. On a encore une fois pas mal alterné les restaus locaux et ceux pour touristes. Côté local, le plat de base est ce qu’ils appellent le curry. Deux morceaux de viande (poulet, mouton ou boeuf) qui baignent dans un peu de sauce et beaucoup d’huile plus une multitude d’assiettes variées auxquelles on touche assez peu car bien trop épicée et une gamelle de riz à volonté. Les birmans eux le mangent rarement avec de la viande (trop cher) et du coup on se rapproche du daal bhat népalais avec un mélange riz, légumes frits et légumes en soupe. C’est vraiment LE plat qu’on retrouve dans tous les restaurants et souvent il n’y a même pas grand chose d’autre sur la carte.
Pour le reste on retrouve les influences des voisins chinois notamment : soupes de nouilles, petits pains à là vapeur, samosas… On s’est également bien gavé de bananes sous toutes ses formes : lassi, jus, frites, pancake banane, fruit tout court. Et puis y a aussi quelques spécialités qu’on n’a pas testées mais qui sont sans doute très bonnes…

Et notre sentiment dans tout ça? Ben comme pour le Népal, nous quittons le pays ravis et limite déçus que ce soit déjà terminé (alors même que les plages de Thaïlande nous attendent). On a passé de supers moments avec un bon équilibre entre les petits villages de montagne, les sites exceptionnels (Bagan, Inle) et les (trop!) grandes villes.
On peut effectivement confirmer ce que tout le monde dit : la population est exceptionnellement chaleureuse. On avait déjà pas mal été gâté de ce côté là lors de notre trek communautaire au Népal mais là on peut dire que c’est un cran au dessus. Pas un birman qui n’essaye pas de venir te parler même s’il ne maîtrise que 3 mots d’anglais. Si tu as le malheur d’ouvrir ton guide et de prendre un air un peu perdu, un mec te tombe dessus dans la minute. Non seulement il t’explique où tu dois aller mais des fois il vient même faire un petit check en mobylette pour s’assurer que tu as bien écouté. À chaque fois qu’on croisait des gamins, on avait le droit à notre thank you, bye bye. Tu te sens le bienvenu à peu près partout où tu vas et ça c’est drolement agréable. Du coup quand on est arrivé en Thaïlande à 22h et qu’on a demandé à la dame (ou au monsieur…la transformation semblait en cours) de la réception où on pouvait aller manger et qu’elle nous a répondu : « vous allez dehors, vous trouverez, y a plein de restaus », ben on s’est vite rendu compte de la chance qu’on a eu pendant trois semaines.
Moral toujours au beau fixe et la santé toujours au top. Un seul micro incident avec juste une moitié de dent perdue en chemin (Mat, qui survit grâce à son expérience de la situation ayant déjà passé une bonne moitié de sa vie avec une dent cassée)
En conclusion : c’était top! On ne va pas faire comme dans les guides de voyage ou les journaux, qui scandent des « c’est maintenant ou jamais » pour vous pousser à partir. En attendant le taxi pour l’aéroport, on a feuilleté un guide datant de 2003 qui disait texto : « dépêchez vous d’y aller avant que ça s’ébruite. » À ce rythme là, je pense que dans 10 ans les birmans auront encore un peu de gentillesse d’avance sur leurs voisins. Et avec un peu de chance le peuple aura même pu choisir son (sa?) président.
Petit rappel des musts du séjour : Bagan, le pont d’U bein, le lac inle et les birmans dans leur ensemble.

